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Nous sommes tous des bovaris
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Joris
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Message Posté le : Sam 22 Aoû - 13:31 (2009)    Sujet du message : Nous sommes tous des bovaris Répondre en citant

Ce gars, quand il est arrivé à l’usine de Renault industrie, il m’a tout de suite semblé bizarre. Comme s’il n’avait pas sa place ici. Pourtant, il n’avait pas l’air décalé avec son pantalon troué aux genoux, et son t-shirt d’une couleur rendue indéterminée par l’usure. Vaguement bleue, ou grise. Non, rien, ni ses cheveux ternes, ni sa barbe mal rasée n’aurait dû me paraître déplacé, mais voilà, ce personnage qu’on n’aurait pas dû remarquer dans une chaine de travail, il correspondait trop. On aurait dit qu’il avait été fabriqué avec l’usine. Il travaillait vite, sans bruit. Il ne disait rien, il se contentait de visser. Efficace. Il ne prenait pas de pauses. Il agissait avec minutie, concentration, comme si c’était un travail dur qui exigeait toute la réflexion du personnage.

N’allez pas mal comprendre ! Il n’avait pas l’air bête ! Non, c’est juste qu’il y avait cette force, cette volonté qu’il mettait dans chaque tour de clef, comme si le sort du monde dépendait de son travail. Nous, on n’était pas comme lui, on se parlait,  on riait de temps en temps. On travaillait aussi,  autant que lui, forcément ! Sur une chaine ! Mais lui, on aurait dit qu’il faisait la course. Avec qui ? J’avais envie de lui demander. En plus, on ne le voyait jamais ne rien faire. A la vitesse où il tournait sa clef ça aurait dû. Mais non, il consacrait à chaque écrou autant de temps que moi.

On avait le même rythme ; il était en face de moi. On serrait l’écrou à ma droite, moi trois tour, lui trois aussi ; mais on aurait dit que les tours qu’ils faisaient étaient plus grand, qu’ils nécessitaient plus d’efforts. Ensuite on s’occupait du gauche, on changeait en même temps, comme une bonne horloge. On tournait, toujours pareil. La pièce changeait sur la chaîne et on recommençait.

Huit heures par jour à faire notre tic tac. Dès le premier jour, j’ai su que je ne tiendrais pas. Nos corps balançaient au même rythme comme dans une danse. Mais une mauvaise danse, de celle que si on fait les mêmes mouvements en même temps, on s’écrase les pieds. Pour moi, cette chaine c’était comme d’essayer de danser en se marchant sur les pieds, on entendait le rythme, on le suivait et pourtant on grimaçait.

Il avait un trou à son t-shirt à l’aisselle, à chaque mouvement, un lambeau de tissu se balançait. J’avais envie de l’arracher, moi, ce bout de chiffon. Mais je me retenais, je regardais les aiguilles de l’horloge et continuais mon travail. Enfin, la pause-déjeuner a sonné, la chaîne s’est arrêtée. Le gars, il a fini de visser ses écrous, comme s’il voulait encore travailler ! Ça m’a rendu fou, je me suis retenu de le baffer et je suis parti à la cafétéria. J’ai été salaud, normalement j’aurais dû lui indiquer où l’on mangeait et où était les toilettes mais bon…

A table, on m’a posé des questions sur le nouveau, je leur ai dit qu’il n’avait pas voulu cracher un mot, qu’il travaillait comme un dingue. Ils m’ont approuvé, ils ont passé la journée à nous regarder qu’ils m’ont dit. Quand il est arrivé à la cafétéria, on était déjà tous à table. Ils ne m’ont même pas proposé de l’inviter à manger avec nous. Ils comprenaient. On était tous par équipe de deux et aucun partenaire ne mangeait à la même table. On passait nos journées à suer, penchés l’un vers l’autre, et au bout d’un moment, on se supportait plus. Alors, à table on s’accordait un répit, pour que l’autre souffle aussi. C’était mieux.

L’autre, je ne sais pas s’il n’a pas osé où s’il a senti que je ne voulais pas qu’il vienne, mais quand il m’a vu, il a pris soin de s’asseoir à une autre table. Il était là bas, seul et tout le monde le regardait, spéculait sur ce nouveau personnage. Moi je voyais bien qu’il n’était pas normal. Même à la cafétéria, il semblait déplacé. Il accaparait l’attention des gens qui ne voyaient plus que lui. C’était comme s’il sortait de son corps pour prendre tout l’espace disponible dans la salle. C’était insupportable ! Je me sentais écrasé, en manque d’air. Alors, j’ai pris ma pomme sur le plateau et je suis sorti. Je me suis posé à ma place près de la chaine de montage et j’ai mangé le fruit. Et ce gars, il est arrivé. Avec sa pomme lui aussi. J’ai cru qu’il allait me parler mais non, il a fait le tour de la chaine et il s’est posé de l’autre coté, dos à moi. Il a sorti un livre de son sac et il a commencé à lire. Je lui ai demandé ce que c’était, il m’a montré la couverture. C’était « Madame Bovary » un gros livre. Mon fils avait à le lire pour l’école, je me suis tû et j’ai attendu qu’on bosse.







La prof elle est folle ! Elle nous a fait lire Madame De Bovary, il y a au moins cinq cents pages ! Quand je l’aie dit a mon père, il m’a dit qu’il fallait dire Madame Bovary, que c’était important de ne pas mettre le « de » parce qu’elle n’était pas noble et que c’est ça l’histoire.  Il m’a dit aussi qu’il avait jamais put le lire en entier. Parce que c’était trop chiant. Moi je ne le lirais pas non plus voilà ! Mais ça je ne l’aie pas dit à mon papa parce qu’il veut que j’ai des bonnes notes en cours, pour pouvoir étudier.

J’ai essayé de le commencer le livre, pour voir. Il est trop chiant, rien que la première page elle sert qu’a décrire une casquette. C’est long pour pas grand-chose. En plus, le personnage il n’est pas intéressant ni rien. Mon père aussi il a essayé, mais je ne suis pas sur qu’il ait dépassé la première page parce-que juste après il a dit.
« Ils sont quand même fous de faire lire ça à des troisième. Ils veulent les dégoûter de la lecture »
Moi j’ai rien dit et je suis partis à l’école, j’aurais dut lire jusqu'à la page vingt mais bon… Toute façons j’ai lu le début, c’est plus que tous les autres ici je pense. La prof aussi elle a crue que je les avais lues, parce que je suis le seul qui ait été capable de parler de la casquette. Après, elle s’est lamentée sur l’avenir de la classe, qu’on avancerait jamais dans la vie si on ne travaillait pas et qu’on avait tout intérêt à écouter le cours d’après parce qu’un conseiller d’orientation viendrais pour nous dire ce qu’on pourrait devenir.

Le conseiller d’orientation, il nous a fait faire présenter les travails de nos parents. Moi je leur aie expliqué que mon papa, il est ouvrier à la chaine aux Industrie Renault que c’était un boulot dur mais chouette et que parce qu’il était dans une des plus grande entreprise françaises, et que j’avais le droit de partir en voyage tous les ans avec les autres enfants d’employés.

Des enfants d’employés des Industrie Renault, il y en plein ici, plus de la moitié de la classe, ça a surpris le conseiller d’orientation qui ne savais plus trop quoi faire quand il a vu qu’on présentait tous le même métier. Nous ça nous faisait rien, mais pas mon papa quand je lui aie dit. Il s’est plein de l’isolement. C’est vrai qu’ici il n’y a pas grand-chose. Il y a l’entreprise a papa, l’école, les immeubles ou on habite tous et l’Intermarché. Mon papa il m’a pris par les épaule et m’a dit qu’un jour, il faudrait que je parte et que je devais penser au travail que je voudrais faire. Parce que c’était important il a dit. Parce que sinon je ne choisirais pas les bonnes études et que si je n’étudiais pas, je ne pourrais pas partir.

La prof de français m’a grondée parce que je n’avais pas mon livre. Du coup je n’ai même pas put faire semblant d’avoir lu les pages suivantes et elle n’a pas arrêté de m’interroger, d’habitude, c’est moi qui répond à la pluparts de ses questions. Heureusement on a étudié encore la description du chapeau. Elle nous a expliqué la personnification, c’est un truc pas intéressant pour montrer au gens que ce n’est pas intéressant. Ensuite on a parlé de Bovary, dans les pages suivantes, il devient docteur. Mon papa il veut que je sois docteur moi aussi, il dit que si je travaille je pourrais et que je dois lire le livre.






Le gars, je l’appelais l’intellectuel. Pour son air concentré et pour son livre. Je lui disais pas, mais moi aussi je le lisais ce livre. Il n’était même pas très compliqué, juste ennuyeux. Mais je le lisais pour être sur qu’il n’était pas plus intelligent que moi. C’était ça le problème de ce type, il avait l’air de réfléchir a chaque choses qu’il faisait, comme si elles nécessitaient de la réflexion ! Il transpirait de l’intelligence. Je ne l’avais jamais entendu parler, mais je sentais que s’il le faisait il devrait faire attention à ce qu’il disait pour que je comprenne. Moi ça m’énervait, je me sentais bête de travailler en face d’un gars qui pouvait lire « madame Bovary » pour son loisir.

    A l’heure du déjeuner, j’ai arrêté dès la sonnerie, lui il a fini ses deux visses. Je suis allé manger avec mes collègues, je leur aie dit qu’il n’avait toujours pas piffé un mot. Je leur aie dit que je ne le supportais déjà plus. Ils n’ont pas réagit, ils pensent que c’est normal. Eux non plus ne supportent pas leurs partenaires. Mais moi, ce n’est pas pareil. Moi je ne l’aurais pas supporté même si je l’avais croisé dans la rue. En plus, il mangeait encore seul, il avait son livre sur le plateau. Et tout le monde le regardait, se demandait ce qu’il pouvait bien lire. Moi, j’hallucinais ! La moitié de ces illettrés avaient soudain envie de lire le résumé de ce livre sans intérêt. Alors, j’ai à nouveau pris ma paume et je suis sorti.

    A la chaine, je me suis appuyé, j’ai mangé et j’ai sorti le livre de mon fils, juste pour voir comment l’autre il réagirait. J’ai ouvert à la page où j’en étais et j’ai commencé à lire. C’était une lutte contre l’ennui, chaque ligne qui n’était pas une description parlait de l’ambition d’une femme ou d’un mari jaloux. Rien ne se passait, je me battais contre les lignes, contre mes paupières. Alors, la sonnerie a retentit. Il fallait reprendre le travail, je me suis retourné ait vissé les deux écrous aussi vite que j’ai put avant que la pièce ne parte.

    L’autre a sourit, il m’a dit que je devrais les finir avant de partir, comme ça je pouvais finir ma ligne et marquer la page. J’ai grogné, je tenais le livre entrouvert avec un doit, les autres me servaient à serrer la clef. Dès que j’ai put, j’ai corné les pages. J’ai dut en plier une vingtaine dans mon empressement. Ensuite j’ai travaillé.

    Quatre heures à voir le sourire de l’autre abruti. Je savais ce qui le faisait rire. Et ça m’énervait. Il se moquait de moi ! Il pensait avoir eu le dessus parce que je lisait son bouquin. Ça m’énervait. Je ne pouvais même pas faire semblant de rien où lui dire qu’il se trompait totalement. Il ne m’avait rien dit. Alors je grognais et lui aussi, mais avec le sourire.

    Le soir, je suis rentré chez moi et j’ai lut. Il fallait absolument que j’en sois plus loin que lui le lendemain. Pour prendre l’avantage, peut-être pour lui raconter la fin. Alors, je me suis battu contre les mots jusqu'à tard dans la nuit.

    Tout c’est passé comme le jour d’avant, moi j’attendais l’heure du repas. Dès que ça a sonné, j’ai fini mes deux écrous puis je me suis précipité à la cafétéria. J’ai mangé à la va-vite et je suis retourné à la chaine pour lire. Le gars, il n’était même pas parti, il avait un sandwich posé à coté de lui. C’est interdit de manger près des chaines mais il ne pouvait pas le savoir je ne le lui avais pas dit. J’ai pris une inspiration et je lui aie dit : « C’est … » Il a levé un doit, c’est retourné et m’a fait signe de me taire. J’en aie perdu mes mots. Alors je me suis assis et j’ai lu. En bas, il y avait un autre ouvrier qui lisait. C’était la première fois que cette chaine devait porter autant de mots à la fois. En plus, à la taille du livre ça devais être le même que nous.

    J’ai lu, je n’arrivais pas a voir si j’en étais plus loin que lui ou pas. Ça m’énervait. Alors au bout d’un moment, je me suis retourné et j’ai dit :

    « A la fin, Emma elle meurt. »

    Et là ce qu’il m’a répondu m’a retourné.

    « Ben c’est évident, non ? »

    Je ne pensais pas avoir eu raison, cette femme qui réussissait à évoluer, comment pouvait-elle mourir à la fin. J’en étais à la moitié du livre et elle était presque riche, elle trompait son médecin de mari avec un noble (il faudrait par ailleurs que je parle à la professeure de français de mon fil concernant les lectures qu’elle leur donne). Il ne devait pas en être bien plus loin que moi, comment pouvais-ce être évident qu’elle allait mourir ? Et pourtant, les faits étaient là, j’avais inventé une fin à lui raconter, pour l’énerver, et c’était la bonne. Parce que c’était évident qu’elle devait mourir. Je faisais ma première rencontre avec la fatalité et coi, je me remis à lire.
_________________
La connerie c'est comme la mort
Le mort, il ne sait pas qu'il est mort et c'est les autre qui sont triste.
ben le con s'est pareil^^


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Message Posté le : Sam 22 Aoû - 13:31 (2009)    Sujet du message : Publicité

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Joris
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Message Posté le : Sam 22 Aoû - 13:35 (2009)    Sujet du message : Nous sommes tous des bovaris Répondre en citant

Mon papa, il m’a rendu mon livre. J’aime pas çà, il a corné les pages pour marquer où il en était. En plus, il a plié la reliure. J’ai lu autant que j’ai pu mais je ne suis pas arrivé au bout de ce que la prof a demandé. Mon papa, il en est vachement plus loin. Je pense qu’il a fait comme moi et qu’il a sauté les descriptions.

Dans la suite du livre, le docteur, il épouse une jolie fermière qui veut évoluer dans la société et devenir riche. En vrai il ne faut pas dire qu’il est docteur parce qu’il est un truc juste en dessous, mais comme il est à la campagne il ment. Il a l’air très seul. Moi mon papa quand il travaille, il va toujours boire un coup avec les collègues après le boulot et de temps en temps il y en a qui viennent à la maison. Le docteur, il est toujours seul avec sa femme qui lit. Je veux pas devenir docteur.

Je l’ai pas dit a mon papa mais je veux faire comme lui, comme ça mon enfant il pourra aller en colonie de ski tous les hivers avec les autres fils d’employés de chez Renault.  D’ailleurs, la prof de français, elle nous a donné nos feuilles d’orientation, il faut qu’on marque si on veut aller au lycée professionnel qui est a coté du collège ou dans un lycée général, à la ville. Je ne sais pas ce que je vais choisir, mon papa, il m’a dit que pour les études, c’était un lycée général qu’il fallait et que j’irais donc en général. Après il m’a demandé si il pouvait prendre le livre vu que je n’avais pas d’autre cours de français avant la semaine d’après. Je voulais lui dire non mais j’ai pas osé.







J’ai pas lu beaucoup ce soir là, je voulais connaître la fin, pour vérifier que l’autre ne s’était pas foutu de ma gueule mais en même temps, j’avais peur, j’avais la conviction que non il ne s’était pas moqué de moi. Alors, j’avançais le moins vite possible. Je m’attardais sur les lourdes descriptions de l’auteur.
 
    C’était vraiment dur de penser connaître la fin. Je pouvais être sur, je pouvais ouvrir le livre au dernier chapitre et ne lire que celui-là. La tentation me rongeait, j’hésitais. Enfin, je me résignais, je cornais la page en cours puis posait le livre sur la table de nuit et dormait.

    Au boulot, j’ai rien dit, j’ai bossé. Je n’aie même pas regardé le tissu de l’autre se balancer. J’avais amené mon sandwich, je n’attendais plus que la pose déjeuner. Quand elle est arrivée, j’ai dévoré mon repas en vitesse puis j’ai rejoint mes pages de texte. Et là, j’ai lu, le plus lentement possible. Quand je me suis retourné, l’autre il lisait aussi. Je lui aie demandé :

« Ça te dérange pas de savoir qu’elle va mourir ? »

« Bah il le faut non ? Elle pouvais pas continuer à monter comme ça éternellement »

    J’ai rien dit, j’ai fait semblant de continuer à lire mais je réfléchissais, oui elle avait monté, de fermière à amante d’un noble. Mais bon, pourquoi elle aurait dû s’arrêter ? Sans trouver ma réponse je continuais le bouquin. Je remarquais à peine qu’une dizaine de personnes lisaient le livre.







Théo, il m’a dit que son père lui avait pris son livre. Quand la prof nous a demandé si on avait nos bouquins, on lui a dit que c’était nos pères qui les avaient, et il y en avait plein comme ça. La prof, elle nous a pas crû, elle a pensé qu’on se moquait d’elle, elle voulait nous envoyer chez le directeur mais elle ne l’a pas fait. Nous, on a trouvé ça trop bizarre que nos papas ils lisent tous madame Bovary alors qu’on les a même pas forcés.

On a encore parlé de nos orientations. La prof elle dit comme mon papa, qu’il vaut mieux aller en seconde générale, que plus de la moitié de la classe en a les moyens. Que ça nous permettrais de quitter le quartier, de découvrir la ville, mais surtout de choisir ce qu’on veut faire. Elle pense que le lycée pro à coté, il ne faut pas y aller, parce qu’elle dit que si on y va, on se destine à faire comme nos parents. Moi j’hésite vraiment.

Mon papa, il m’a encore grondé, j’ai pas bien compris ce qu’il m’a dit. Il parlait qu’il fallait lutter contre le sort, ne pas se laisser emporter. Il disait aussi que je devais choisir et que pour choisir je devais étudier et devenir Docteur. Je ne veux pas devenir docteur. En plus, je me suis disputer avec mon papa pour récupérer le livre, il voulait le lire, mais moi j’ai encore cours demain.

Il est venu prendre le livre dans ma chambre ce matin, mais il ne l’a pas trouvé, alors m’a réveillé pour me demandé où il était. Je n’ai pas osé lui dire que je l’avais perdu. Alors, je lui aie donné, je l’avais laissé sous mon oreiller. Je vais encore me faire gronder en classe. Mais j’ai pu lire jusque là où la prof elle voulait, même si j’ai lu que les dialogues.

    En classe, la prof elle a convoqué mes parents, et ceux de Théo et ceux de tous les autres fils d’employé des industries Renault parce qu’aucun n’avaient leur livre. Nous on trouve ça trop bizarre que nos parents ils lisent le livre alors qu’on les a même pas forcé.








Pierre il rallait, il voulait pas aller voir la professeure de son fils. Moi je n’avais pas peur, je savais que de toute façon, elle ne pourrait rien faire. Et puis, même si elle nous obligeait à rendre le livre, je l’avais presque fini. En fait, de tous ceux qui lisaient, il y a que l’autre qui n’était pas convoqué. C’est qu’il l’avait vraiment acheté pour son loisir ce con là !

    On y est allé à son rendez vous, tous ensemble. C’était marrant, parce qu’on avait tous un peu peur, comme des adolescents qui auraient volé une pomme dans le jardin du voisin. Ils étaient tous gênés aussi. Mais le plus drôle c’était les trois gusses assis par terre, dans le couloir en train de lire le livre. Enfin, elle a ouvert la porte, on se demandait tous si on allait avoir droit à des audiences privées ou collectives. On se demandait aussi ce qu’elle allait nous dire. A sa tête, elle aussi. Finalement elle nous a tous fait entrer.
 
    Elle nous a dit que c’était bien qu’on lise, que c’était un bon exemple pour les enfants mais qu’on devait leur laisser le livre. Qu’il participait à leur éducation et que nous, on l’entravait. Elle nous a dit qu’on pouvait tout à fait le lire quand eux ne le faisaient pas où n’avaient pas cours de français. Mais on devait leur laisser pour qu’il puisse l’étudier en cours. (Je me suis demandé à ce moment là ce qu’ils pouvaient bien étudier sur ce livre). Elle nous a aussi encouragés à vérifier qu’ils le lisent. Enfin, elle nous a donné a tous une liste d’autres livres qui nous plairaient si madame Bovary nous avait plu. On l’a tous poliment mis dans la poche, sans doute on l’oublierait tous là et la machine à laver se délecterait de ses titres. Les autres livres n’étaient pas importants, seul Madame Bovary comptait.

    Enfin, tout le monde est parti, moi je suis resté dans la salle, je voulais parler à cette professeur, au sujet du livre. Elle m’a laissé poser mes questions, j’en avais deux :

    « Vous étudiez quoi au juste dans Madame Bovary ? »

    Elle m’a répondu avec des mots compliqués, parce qu’elle ne savait pas si mes questions était celles d’un inquisiteur ou celles d’un élève.  Elle s’intéressait surtout dans ce livre aux techniques d’écritures nécessaires pour le brevet, ainsi qu’a la vision de Flaubert de l’ascension sociale.

    Je lui ai pas dit, mais je m’en moquais un peu de ce qu’elle leur faisait étudier, juste je m’étais vaguement posé la question sur ce que pouvais receler ce livre qui pouvait intéresser les gens. Je lui ai alors posé la vraie question :

    « Pourquoi Emma elle meurt ? »

    Et là, elle m’a répondu comme à un élève particulièrement intelligent. Ou du moins à un élève qui aurait lu son livre ce qui devait pas être loin d’être la même chose à ses yeux. Elle m’a dit que c’est précisément  ce qui était intéressant dans ce livre. Que cela reflétait la vision des possibilités d’ascensions sociales selon Flaubert dans notre société. Elle m’a ensuite précisées que selon l’auteur elles étaient nulles. « Chaque chose à sa place et les vaches seront bien gardées  » qu’elle m’a dit. Que les paysans devaient le rester et que s’ils ne le voulaient pas, il se destinait au malheur et à la mort.

    Un peu après ça elle a mit la main sur sa bouche. Elle avait oublié de préciser aux autres que les fils devraient bientôt rendre leurs feuilles d’orientation. Je lui ai dit que je ferais passer le mot à l’usine. Puis je me suis rentré chez moi. J’ai pris le livre et j’ai lu. Sans un mot.






Mon papa, il m’a laissé le livre sur la table. Je ne sais pas ce que la prof elle a dit, mais il a eu l’air bouleversé. Il est même parti plus tôt au travail. Il avait quelque chose à régler qu’il a dit. Dans les films, les gens quand ils disent ça c’est qu’ils vont tuer quelqu’un. J’espère que mon papa il ne va pas se faire attraper.

    En plus, il a rempli ma feuille d’orientation aussi. Dessus il a coché « seconde générale » et il a mis « médecine » dans « projet professionnel ».  Je ne veux pas être docteur. Mais ils ont dit à question pour un champion qu’il y a plus de 150 métiers différents dans un hôpital. Mon papa quand il a vu ça il m’a dit que médecine me permettrais d’avoir le plus grand choix pour être docteur.

    Moi je ne veux pas être docteur. Il y a plein de métiers que je voudrais bien faire. Mais pas docteur. J’aimerais bien être forgeron ou maréchal ferrant même si je n’aime pas trop les chevaux. Je voudrais bien aussi être acteur, mais on m’a dit qu’il fallait parler anglais pour être Brad Pitt.

    En cours, tout le monde avait le livre, la prof elle a souri quand elle les a vus sur la table, mais elle a rien dit, comme s’il ne s’était rien passé et qu’on était de bon élèves. Elle nous a dit qu’on devait rendre les feuilles avant la semaine prochaine, que nos parents étaient avertis et que ceux qui le voulaient pouvaient le faire dès a présent. Moi je ne l’ai pas donnée. A la fin du cours j’ai demandé à la prof si elle pouvait m’en donner une autre, mais elle m’a dit qu’elle n’en avait plus. Qu’elle en photocopierait une pour le prochain cours et que je devais y réfléchir pour pouvoir la remplir et la rendre à temps. J’ai rien dit, mais ça m’allait très bien. Comme ça je choisirais moi-même.
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Joris
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Message Posté le : Sam 22 Aoû - 13:37 (2009)    Sujet du message : Nous sommes tous des bovaris Répondre en citant

Je suis sortit tôt. Bien obligé, il fallait que je passe à la librairie avant d’aller à l’usine. Là bas, j’ai acheté le livre, le dernier, la libraire elle m’a dit qu’elle en avait vendu trois autres au petit matin, il y en a même un qui lui avait fait ouvrir sa boutique un quart d’heure plus tôt. Ça m’a fait sourire, je savais que c’était Paul, il allait toujours acheter ses croissants par ici avant de rentrer chez lui pour déjeuner.

    Une fois à l’usine j’ai dit bonjour au type, pour la forme. Il a acquiescé, c’était son salut à ce gars. Je n’ai rien dit, j’en avais marre de m’énerver contre lui, aujourd’hui seule la fin comptait. J’avais arrêté de lire hier soir alors que j’aurais pu encore. J’avais eu peur de suivre l’agonie de cette femme. Peur de la voir mourir.  
    
Je comptais le lire aujourd’hui, à l’heure du déjeuner. Certes l’idée de suivre l’agonie d’une femme qui aurait mieux fait de rester à sa place à l’heure du repas me dérangeait. Mais je n’avais pas d’autre choix, n’est-ce pas ? Alors j’attendais la sonnerie.
   
Quand elle est arrivée, j’ai serré mes deux écrous et j’ai sorti mon livre neuf. Je l’ai ouvert au dernier chapitre. Il ne me restait que 20 pages. Je les ai lues. Dévorées pour ainsi dire. Moins de quinze minutes après, cette femme était morte. J’ai regardé la pendule, les ouvriers de l’usines, pliés sur leurs bouquins et je suis parti mangé.
   
En chemin j’ai croisé quelqu’un à qui j’ai prêté mon livre. Puis, je suis allé à la cafétéria. Elle était vide, sauf l’autre gars. Il était là aussi, seul à une table. Je me suis assis à une autre et j’ai commencé à manger. Et là ça a recommencé. Dans cette immense salle vide, j’entendais la fourchette de l’autre taper dans son assiette au même rythme que moi. Et ça m’énervait moi, çà. J’étais sûr que nos cœurs aussi battaient au même rythme. Je me demandais :

 « Est-ce que je l’exaspère autant qu’il le fait pour moi ? »

J’avais la raison de cette exaspération sur le bout de la langue. Elle arrivait en même temps que les dernières lignes du livre que je venais de lire. Ces parasites m’empêchaient de comprendre et en même temps je réalisais qu’Emma Bovary était morte. Ça me rendait triste, je me rendais compte que j’aurais pleuré si ma peine n’avait pas été occultée par un autre sentiment.

Cette haine que j’avais emmagasinée et recrachée contre ce livre si long et dénué d’intérêt. Et le pire c’est que l’autre l’avait fini avant moi ce livre. Nous avions passé la barrière des mots, nous nous regardions tout en mangeant. Aucun ne cillait. C’était insupportable, j’avais ce besoin de savoir qui de lui ou moi était le meilleur. Mais ce que je supportais encore moins, c’était de ne plus avoir de compétition dans laquelle combattre.

A ce moment là, on aurait pu nous mettre dans une arène et nous nous serions entretués. A ce moment là, il n’y avait plus que lui et moi. Plus de règles, plus de but. Et c’est en voyant sa fourchette monter puis descendre en même temps que la mienne que j’ai compris. Ce que je n’aimais pas chez ce type c’est qu’il me ressemblait. Il était tout comme moi. Il avait aussi fini le livre et nous nous retrouvions à égalité. Mais ce n’était pas ça le pire, non le pire c’est qu’il était ouvrier lui aussi. Comme s’il y avait un modèle d’homme fait pour être ouvrier. Et que j’étais une de ces pièces, un standard, sans pensées propres ni possibilité de lutter contre le sort.

Et ça m’a énervé de me dire ça. Bien sur que si qu’on pouvait lutter contre le sort, il y avait plein d’exemples de gens qui avaient réussi ! Et là, les mots parasites du livre me revinrent, je revis la mort d’Emma, ma tristesse se signalait à moi et me rappelait avec toute la violence de la mort qu’Emma aussi avait essayé de monter. Et elle était morte. Je me rappelais alors des paroles de la professeure de mon fils :

« Chaque chose à sa place et les vaches seront bien gardées »

Et là j’ai laissé tomber ma fourchette dans mon plat et je suis parti sans finir de manger, sans regarder l’autre gars.




J’ai trouvé comment faire pour ne pas être docteur. Il faut que mes parents signent la feuille mais ont peut aussi rendre un papier libre. Quand mon papa il est arrivé je lui ai dit :

« Papa, j’ai perdu ta feuille de ce matin mais la prof elle a dit que c’était pas très grave et qu’il fallait que tu signe un mot pour dire que je pouvais la remplir moi-même, je mettrais comme t’avait mis, je m’en souviens. »

J’ai dit ça presque d’un coup, j’étais content. Mon père il a soufflé. Il devait rentrer du bar même si c’était tôt parce que son haleine piquait le nez. Il m’a dit :

« Fait comme tu veux. » puis il a continué : « De toute façon, pour ce que ça change. »

Il était assis sur le canapé et il se tenait à l’accoudoir :

        « Eh fils ! Ne t’embête pas à lire le livre, il en vaut pas la peine, à la fin elle meurt. »
   
Il a ajouté que c’était tout ce qui avait à savoir, que ce n’était pas grave si je ne le lisais pas et que de toute façon j’aurais pas pu. J’ai pas tout compris mais je suis retourné dans ma chambre sans la signature. J’ai continué le livre jusqu’où elle voulait la prof en cherchant une autre idée.

    Tous d’un coup j’ai entendu mon père crier, je suis sorti de ma chambre, il hurlait.

« Ça sert à rien ! »
« Nous sommes tous des Bovaris »
« A quoi bon. »

    Je me demandais, je ne comprenais pas tout, mais à un moment il m’a pris par l’épaule, il m’a dit que je pouvais aller dans un lycée professionnel, que j’étais un vache et que je devais rester à ma place, que je ferais aussi bien de m’inscrire directement chez Renault industrie, que je ne pouvais pas lutter, pas comprendre.
Après, il a recommencé avec des phrases comme « ça sert à rien » et « nous ne sommes que des vaches». Ma maman est arrivée et m’a dit d’aller dans ma chambre. Après je l’aie entendue essayer de calmer mon papa qui criait. Quand enfin il s’est tut, il était tard dans la nuit.
   
Pendant la nuit j’ai eu une idée, je sais comment je vais faire avec les feuilles. J’ai décalqué la signature de mon papa comme ça, je la mettrais sur l’autre.
   
Quand je suis arrivé en cours, la prof m’a donné la nouvelle feuille en disant d’aller vite la remplir. Je suis allé m’assoir au fond et pendant qu’elle les ramassait j’hésitais. J’avais prévu de tirer à pile ou face. Mais ça me semblait assez bête, alors j’ai réfléchi. J’ai sorti la pièce et je l’ai lancée. Elle est tombée dans un endroit où je ne pouvais pas la voir. Ça m’a fait rire, parce que je m’étais promis que si elle tombait sur la tranche je rendais la feuille à mon papa. Alors l’ai prise. J’ai relu ce qu’il avait marqué. Au bout d’un moment, j’ai sorti mon stylos bleu et ait ajouté deux mots. Maintenant, on pouvait voir dans « orientation professionnelle » « Tout sauf médecine ».
   
Quand la prof elle a pris ma feuille, elle l’a lue et m’a souri, elle m’a dit que cette orientation me convenait bien, et que j’aurais tout le temps de préciser le métier que je voulais faire plus tard. Moi j’étais content.
   
Quand je l’ai dit à mon papa, il n’a rien ajouté. Il n’était même pas content que j’aille en général. Quand je lui ai dit que je ne serais pas ouvrier, il a eu un rictus.


    Je suis retourné à l’usine le lendemain. Et le surlendemain aussi. Et les autres jours encore. Je savais que ça durerait toute ma vie, et ça me déprimait. Ce qui était rigolo c’est que tous les ouvriers qui finissaient le livre faisaient les mêmes crises que moi, ils s’apercevaient qu’ils avaient une place bien définie et qu’on ne les laisserait pas la quitter. Finalement ils se résignaient. Parce qu’il fallait bien manger non ?
   
J’ai arrêté de m’énerver contre l’autre, c’est le seul à ne pas avoir fait sa crise. Il n’était pas comme nous. Il est devenu responsable de l’usine, on disait qu’il allait même passer chef de secteur. Je voyais bien qu’il n’avait pas compris le livre et qu’il s’échinait contre le sort. Mais rien ne semblait vouloir le faire mourir.
   
Au bout d’un moment, je me suis rendu compte que toute l’usine était morose depuis qu’on avait lu le livre. Qu’on n’attendait plus rien d’elle sauf la fin de journée. Les chefs ça avait l’air de leur convenir, mais nous n’évoluions plus. Et c’est l’impression de me faire arnaquer par ces connards qui m’a énervé. En plus l’autre il était devenu l’un d’eux.
   
Et alors que je vissais avec colère, que je savourais cette hargne que je retrouvais et qui me donnait envie de me battre. Je savourais le nouveau coéquipier qu’on m’avait attribué. Il avait l’air bête, il avait des boutons sur son visage et surtout, il sentait mauvais. Une heure ajoutait à cela son odeur de transpiration. C’était insupportable, il fallait que je parte, il fallait que je puisse partir.
   
La sonnerie a sonnée, annonçant ainsi la fin rêvée de quatre heures de travail à la chaine et apnée ou ce qui peux s’en approcher le plus sans nuire à la survie. Je me retournais vivement quand je constatais que l’autre finissait ses écrous tout en sortant un livre.

    « Tu lis quoi ? »

    « L’Odyssée. »

    « C’est bien ? »

    « C’est pas mal. »

    « Ca parle de quoi ? »

    « C’est l’histoire d’un type qui lutte contre le sort et qui n’en retire que plus de malheur à chaque fois. Si tu veux je te le prêterais un de ces quatre. »

    Je l’aie regardé et j’ai réfléchit. Enfin je lui aie dit :

    « Non, je crois que je ne comprends pas bien ces livres. Mais j’en parlerais à mon fils, lui il les comprend, il veut faire un master d’informatique »

    Ensuite je suis parti en me jurant de ne jamais lire l’Odyssée.
 
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La connerie c'est comme la mort
Le mort, il ne sait pas qu'il est mort et c'est les autre qui sont triste.
ben le con s'est pareil^^


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Timothée D
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Message Posté le : Mer 26 Aoû - 14:30 (2009)    Sujet du message : Nous sommes tous des bovaris Répondre en citant

C'est très sympa... bon, comme toujours des fautes ^^ 
Difficile de donner des conseils sur une nouvelle si longue en une seule lecture, il faudra que je m'y remettes, mais à première vu, je dirais que l'aspect "entre-deux", avec l'histoire du fils, est trop longue. Peut être que le fait qu'il y ait deux "je" pose problème. Tu penserais pas à construire ça différement ? 
Après, sur le fond c'est vraiment bien, je trouve
Bonne chance pour le pje avec celle là, elle a des chances je dirais ! ^^
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à force d'aimer une fleur, on la fait naître.
- proverbe inuit, jeudi 13 nov. remise des prix du pje.


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Message Posté le : Aujourd’hui à 03:01 (2018)    Sujet du message : Nous sommes tous des bovaris

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